Version Anthropocène Précoce
Au commencement, Dieu créa l’écosystème et la biosphère. La terre était informe et vide, il n’y avait ni particules fines ni continents de plastique dans les océans, et l’esprit de l’Écologie planait au-dessus des eaux pures. C’était le bon temps, le bilan carbone était strictement à zéro.
Jour 1 : La gestion énergétique
Dieu dit : « Qu’il y ait de la lumière », et la lumière fut. Il regarda la lumière et vit que c’était de l’énergie propre, sans déchet nucléaire. Il sépara la lumière des ténèbres. Il appela la lumière « Jour » et les ténèbres « Nuit ». Commentaire : Il n’avait pas prévu que l’Homme inventerait la pollution lumineuse pour éclairer des vitrines de magasins vides à 3 heures du matin.
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le premier jour (et le dernier sans consommation excessive).
Jour 2 : L’atmosphère (avant les trous)
Dieu dit : « Qu’il y ait une étendue entre les eaux ». Il fit l’étendue et sépara les eaux d’en bas des eaux d’en haut. Il appela l’étendue « Ciel ». Commentaire : Il a mis en place une couche d’ozone toute neuve, une régulation thermique parfaite. Un système de climatisation planétaire gratuit et autonome. Il s’est dit : « C’est solide, il faudrait vraiment qu’ils y aillent fort avec les aérosols et le méthane pour détraquer ça. » Spoiler : on l’a fait.
Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le second jour.
Jour 3 : La biodiversité végétale
Dieu dit : « Que la terre produise de la verdure ». Et la terre produisit de l’herbe, des plantes portant semence et des arbres fruitiers. C’était de la permaculture à l’échelle mondiale. Pas de monoculture, pas de pesticides, pas d’OGM, pas de déforestation pour planter du soja. Juste de la photosynthèse brute. Il vit que c’était bon. C’était un puits de carbone ultra-efficace.
Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le troisième jour.
Jour 4 : Les énergies renouvelables
Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel ». Il fit deux grands luminaires : le Soleil pour le jour et la Lune pour la nuit. Commentaire : Il a littéralement installé des panneaux solaires géants et une usine marémotrice perpétuelle. Il s’est dit : « Avec ça, ils ont de l’énergie illimitée pour l’éternité, ils ne vont quand même pas être assez stupides pour aller creuser le sol et brûler des restes de dinosaures liquéfiés, si ? »
Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le quatrième jour.
Jour 5 : La faune marine et aviaire
Dieu dit : « Que les eaux grouillent d’animaux vivants et que des oiseaux volent ». Il créa les grands poissons et tout ce qui se meut. Les océans étaient remplis de vie, pas de microplastiques, pas de filets dérivants. Les oiseaux migraient sans se prendre des immeubles en verre ou des éoliennes mal placées. Il les bénit en disant : « Soyez féconds, multipliez, remplissez les eaux ». Il ne savait pas qu’on interpréterait ça comme « Remplissez les boîtes de conserve ».
Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le cinquième jour.
Jour 6 : L’erreur fatale (L’Espèce Invasive)
Dieu produisit les animaux de la terre : bétail, reptiles, bêtes sauvages. C’était un équilibre fragile mais fonctionnel. Puis Dieu eut une idée risquée. Il dit : « Faisons l’Homme à notre image ». Il créa l’Homme et la Femme. Et là, le drame. Il leur donna la pire consigne de management de l’histoire : « Remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel… »
L’écologiste soupire : « Dominez ». Le mot de trop. Il venait d’introduire le super-prédateur, le consommateur final, l’espèce capable de scier la branche sur laquelle elle est assise tout en se plaignant du prix du bois. Il leur a donné un jardin d’Eden, ils allaient en faire un parking de supermarché.
Il regarda tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon. Mais c’était avant l’Obsolescence Programmée.
Il y eut un soir, il y eut un matin ce fut le sixième jour.
Jour 7 : Le repos (et le déni)
Ainsi furent achevés les cieux et la terre. Le septième jour, Dieu acheva son œuvre. Il se reposa. Il regarda sa Création tourner. C’était durable, c’était circulaire, c’était bio. Il ferma les yeux pour une sieste, confiant. Pendant ce temps, en bas, l’Homme découvrait comment faire du feu, et commençait déjà à regarder bizarrement les forêts en se disant : « Ça ferait des super meubles IKEA, ça. »
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